Pourquoi pas

Pourquoi pas entreprendre : Carole Riehl

LIVE Instagram du 14 Octobre 2021 – a retrouver en IGTV ici

  • Ronja : Bonjour à toutes et à tous ! Aujourd’hui nous allons parler de “Pourquoi pas entreprendre”, avec toi, Carole. Qu’est ce que tu fais et qu’est ce que Optic For Good ?
  • Carole : Je suis Carole, je suis opticienne diplômée depuis 2001, donc ça fait 20 ans que je suis opticienne. J’ai un parcours atypique : j’ai été opticienne depuis longtemps, depuis 10 ans, j’ai créé une entreprise dans complètement autre chose,  qui n’a pas fonctionné, je suis donc redevenue opticienne. J’ai re tenté l’aventure entrepreneuriale avec Optic For Good, il y a maintenant trois ans. Donc Optic For Good, qu’est ce que c’est ? C’est le premier label pour les marques de lunettes écoresponsables et depuis le début de l’année c’est assorti aussi pour les opticiens écoresponsables. 

  • Ronja : Super, alors, pourquoi est-ce qu’il nous faut un label pour les lunettes écoresponsables ? Personnellement, avant de te connaître, je ne me suis jamais posé la question, et pourtant je viens du secteur du textile durable, sur les lunettes au sens large : où sont-ils fabriqués, comment sont-ils fabriqués. Donc pourquoi avons-nous besoin de ce label ?
  • Carole : C’est vrai qu’on ne se pose pas beaucoup la question parce qu’on est sur un produit médical – en France c’est un produit médical, on les met sur le nez pour voir. Donc on ne se pose pas forcément la question de ce qu’il se passe derrière les lunettes, comment s’est fabriqué, d’où ça vient, quelle matière on pose sur notre nez – alors que c’est quand même quelque chose qui repose sur le nez et sur les oreilles. Donc comme c’est médical, tout va bien. Mais, derrière les lunettes, il y a aussi l’artisanat : il faut le mettre en avant, mais il faut également faire attention à comment s’est fabriqué, et ça c’est une zone d’ombre énorme – même pour moi, car je ne sais pas tout le temps d’où la matière vient,d’où s’est fabriqué, comment s’est fabriqué. Donc je me suis posé la question, sur le tas – ça fait huit ans que je me suis posé la question, et en me posant la question, j’ai créer le blog “Lunettes écologiques magazine”, c’est comme ça que j’ai créer ma démarche pour savoir déjà s’il existait des lunettes dîtes écologiques, et s’il en existait, au moins les réunir dans un lieu parce que peut-être que je ne serai pas la seule à me poser cette question. Donc j’ai commencé, ça c’est développé, ça a avancé, et je suis arrivée à avoir un bon stock  si on peut dire, de marques écologiques. Il est arrivé un moment où on me disait “pourquoi tu parles de cette marque là, je ne comprend pas, alors qu’elle n’est pas écolo…” Et en fait, je me basais sur mon expérience personnelle, mon engagement personnel parce qu’on est une famille de 0 déchets, j’ai toujours eu une sensibilité à l’environnement, à l’écologie, le blog partait vraiment d’un bon sentiment. Il est arrivé un moment où il faut justifier ces choix là, donc c’est également sous les conseils de Thomas et Eloïse du label SloWeAre, que j’ai commencé à réfléchir sur une charte. La charte est arrivée, j’ai tout posé à plat, je me suis dit, ok j’ai une charte mais comment je vais vérifier ce que les marques disent. Donc de fil en aiguille, le label est né parce qu’il fallait que je fasse un audit et pour passer un audit il fallait être certifié, et j’ai trouvé ça assez éthique et fair play de pouvoir mettre en avant ce genre de marques, à travers ce principe. C’est tout ce raisonnement là qui a fait que je me suis dit qu’un label serait utile dans l’optique/lunetterie, parce que ça existe en cosmétiques, pour les habits, pour tout ce qui est mode et nourriture, mais pas pour les lunettes. Donc il fallait faire quelque chose et je me suis lancée.

  • Ronja : C’est vrai, on connait tous les t-shirt en coton bio, on achète localement sur notre marché, et dès qu’on met nos lunettes, on ne se pose pas plus de question que ça ! Tu as tout à fait raison, et effectivement, je trouve deux choses vraiment bien dans ta démarche : c’est de se dire, j’ai dû créer ce label, mais j’ai dû aller plus loin dans les critères, parce que, malheureusement, beaucoup de monde ne le savent pas, et c’est valable dans la mode, dans l’alimentaire, il y a plein de label qu’on peut obtenir purement en leur donnant un chèque. 
  • Carole : Oui, il parait ! 
  • Ronja : Il y en a beaucoup, comme tu disais, dans la mode, les cosmétiques et autres, malheureusement c’est tout lié à l’argent. Comme SloWeAre, je connais un peu ta démarche et tu vas réellement au bout des choses, tu cherches vraiment à savoir si c’est vrai ou si la marque le dit juste et ne le justifie pas. Donc, aujourd’hui, ton business touche les marques, mais également les opticiens, ça fonctionne comment ? Tu peux labelliser les marques et les opticiens ? 
  • Carole : Oui ! Alors, pour la petite histoire, j’ai lancé Optic For Good pour les marques, et au début c’était que ça mon business plan, et dès que c’est sorti, j’ai eu des opticiens qui m’ont contacté pour être Optic For Good. Et là je me suis dit, j’y ai pas pensé, je ne pensais pas qu’il y ait des ovni comme moi qui voudraient aussi être labellisés Optic For Good. Donc j’ai pris un petit peu de recul pour voir comment faire, parce que ce n’est pas du tout les mêmes principes, savoir vers quoi je dois les auditer. Finalement, je ne voulais pas tout changer, donc j’ai gardé la même base, donc pour tous ceux qui sont labellisés Optic For Good, ils partagent les mêmes valeurs, les mêmes engagements, ensuite, il y a des questions qui sont plus pour les marques, et d’autres pour les opticiens. Par rapport à leur niveau de performance, on est légèrement différent, donc le niveau de l’indice de performance va être un petit peu plus bas pour les opticiens par rapport aux marques, mais le but c’est qu’on monte tous ensemble l’indice de performance, pour atteindre celui des marques et d’être aussi vertueux que les marques engagées.

  • Ronja : Génial, donc effectivement un business model très complet en tant que label. Pour être curieuse, petite question, et tu choisis d’y répondre ou non, mais c’est un audit qui consiste en combien de questions, ou combien de temps ça prend pour une marque ? Parce que je pense que ça peut être intéressant,pour mieux valoriser aussi ton travail, mais même pour les marques ou les opticiens qui vont nous regarder c’est bien d’avoir une petite idée. 
  • Carole : Alors, dans le monde de l’optique,on sait que les opticiens sont overbookés et pareil, les créateurs sont overbookés, donc j’ai essayé de prendre ça en compte, mais il faut quand même les évaluer. J’ai donc essayé de trouver un juste milieu, on est donc à à peu près 80 questions, qui vont se baser sur la charte comme je disais au début – 8 points pour les marques et 6 points pour les opticiens, ça va être la colonne vertébrale de l’audit, les grandes thématiques. Dans ces thématiques, il y a des questions qui vont être développées, donc un questionnaire en ligne, les réponses doivent ensuite être validées et vérifiées par moi-même, avec des justificatifs de la part des marques ou opticiens. On valide ensuite le point, ou pas, selon les justificatifs fournis. A la fin, il y a justement cet indice de performance qui sort, et qui détermine s’ ils peuvent faire partie d’Optic For Good, ou non. Je donne les points d’amélioration si l’indice est trop faible, et ils peuvent ensuite repasser l’audit plus tard, s’ils le souhaitent. Donc on est sur 80 questions, et on améliore et on va plus loin chaque année sur certaines questions. On aborde plein de questions, sociétales, environnementales, des questions éthiques, des questions écologiques etc. Ça brosse vraiment tout, et j’essaie vraiment d’aller gratter pour voir ce qu’il se passe derrière. 

  • Ronja : Super ! C’est très chouette parce que ça veut aussi dire, côté consommateur / consommatrice, que si j’achète des lunettes ou une marque qui est labellisée, c’est effectivement vraiment recherché, et je peux lui faire confiance. 
  • Carole : Tout à fait, le but c’est que, comme on signe en amont un contrat de confidentialité, c’est pour que la marque et l’opticien ait confiance en moi, et me donne les justificatifs qu’il faut pour dire c’est bon. C’est pour que je puisse valider les points, ou valider ce qu’ils avancent pour que le consommateur, ou l’opticien prennent cette marque et ne se posent pas la question du greenwashing, ou que la marque surf sur la tendance – non, je vérifie tout ça et je veux vraiment qu’ils aient confiance en la marque et en l’opticien. 

  • Ronja : Parfait, c’est génial tout ça, félicitations pour ce travail ! Revenons un petit peu au début : tu disais que tu étais opticienne, tu t’es lancée dans l’entreprenariat où tu as connu un échec, tu t’en ai remise, tu as repris, et ça aussi c’est un très bon exemple sur l’entreprenariat. Mais, parlons notamment de Optic For Good : oui, tu as réalisé que ce n’est pas très clair l’univers des lunettes, en termes de fabrication, d’éthique et tout ça. Mais entre ces questions là et créer un business, c’est une autre étape, donc c’était quoi le moment où tu t’es dit “aller, je me lance ! Pourquoi pas, c’est pour moi, j’y vais !” 
  • Carole : Il y a plein de choses qui ont fait ça. Déjà, quand on a mis le pied dans l’entreprenariat, c’est difficile de le retirer, donc oui j’ai fait une première expérience en tant qu’entrepreneur, et en plus un échec, et j’ai eu du mal à le diriger. Je suis à l’aise avec ça aujourd’hui, mais sur le moment non ! Haha et j’ai mit du temps à le digérer. Mais, quand on a le pied dedans, le cerveau fonctionne tel qu’il y a un problème, il y a une solution. Est-ce que je suis apte à répondre à cette solution, et à être légitime à le faire, ou pas. J’avais un carnet depuis que j’avais fermé l’entreprise d’avant, un carnet d’idées. Je me notais les idées, et il y a des idées qui me plaisaient plus et j’allais plus au fond, comme si je faisais le business plan. Des fois, pendant quelques semaines, quelques mois oui et ensuite plouf, c’est pas trop une bonne idée. Donc je repartais et je sentais que ce n’était pas le moment, je n’étais pas à ma place sur certaines idées. Les relations que j’ai pu développer en tant que famille 0 déchets, les contacts que j’ai eu, les rencontres comme Eloïse et Thomas (fondateurs du label SloWeAre) mais aussi dans le 0 déchets avec Didier Onreita, la rencontre avec Philippe Lévêque. Il y a des discussions qui ont fait que ça a donné du sens dans l’idée qui commençait à germer. J’ai toujours voulu faire ma part, je suis vraiment un colibri, et je me dis “comment faire ma part?”. A force discuter avec toutes ses personnes, inspirantes, il y a en d’autre,j’en oublie surement, mais ceux sont les premiers qui me viennent à l’esprit, ils ont vraiment mis le pied à l’étrier – surtout, il y a quatre ans, la conversation avec Didier Oreta sur la petite idée qui commençait à émerger avec les lunettes écologiques, il a commencé à me dérouler ce que j’avais dans la tête et je me disais que si lui, qui conseille des entrepreneurs, si lui il a la même manière de penser que moi sur cette idée là, c’est qu’il y a un truc. Je pense que j’attendais ce petit truc pour repasser en tant qu’entrepreneur et pour développer à fond et y aller à fond. Le soutien de mon ancien patron, qui est aussi entrepreneur, quand je lui ai expliqué mes doutes, que j’ai envie de faire quelque chose qui ait du sens -j’aimais ce que je faisais avec lui mais il y avait un truc qui me manquait – et c’est ce de faire du bien pour la planète, pour créer quelque chose, pour améliorer les choses. Il a tout à fait compris, donc je suis partie en très bons termes avec lui. C’est toutes ces personnes là qui ont fait que j’ai sauté le pas, et le soutien de mon mari – on ne va pas l’oublier ! On voit la différence avec ma première entreprise, qui fait aussi que ça m’a rassuré de voir l’impact positif qu’il y a eu, et comment ça se découle par rapport à mon ancienne entreprise où je me prenais des murs tout le temps, des refus, ça se passait mal. Alors que là, tout coulait de source et donc je me suis lancée ! 

  • Ronja : Je pense qu’il y a deux éléments hyper importants : la première c’est que oui, il y a des échecs dans la business, mais on peut rebondir et je pense tu es un très très bon exemple. La deuxième, pour ceux qui hésitent à se lancer ou pas, l’important comme tu l’a dit, c’est de parler avec des personnes. Je suis sûre qu’il y a plein de personnes qui n’osent pas partager leur idée, et je pense qu’au contraire, il est important de chercher du soutien, d’en parler et d’en quelques sorte pré-tester : quels sont les retours, qu’est ce que pensent les gens ? Pour pouvoir vraiment commencer. Est-ce que tu as, en plus de ça, un autre conseil pour ceux qui hésitent à entreprendre ? Je sais, notamment, sur nos lives sur l’entreprenariat et sur notre blog, nous avons effectivement pas mal de personnes qui regardent et lisent ce sujet, parce qu’ils ont l’idée, parce qu’ils sont motivés, mais ils n’osent pas.
  • Carole : Oui, c’est ce pas qui est compliqué à faire,mais dès qu’il est fait, on rentre dans un engrenage et on y arrive. Pourquoi cette idée marche et pas une autre, pas celle que j’ai eu avant ? Beaucoup vient de ce que tu viens de dire, donc d’en parler aux personnes qui nous entourent, et surtout bien s’entourer, s’inspirer de bonnes personnes, qui t’emmènent vers le haut. C’est ça, je trouve, qui est important dans l’entreprenariat et ce sont ces erreurs là que j’ai fait la première fois, je ne voulais pas en parler, c’était secret, je ne voulais pas qu’on me prenne mon idée. On y met sa patte, c’est notre univers, on ne va pas du tout nous piquer notre idée. S’entourer c’est important parce qu’on a besoin d’être portée, étant seule c’est compliqué, donc il faut vraiment s’entourer, et au fur et à mesure, on crée son écosystème – j’aime beaucoup ce terme – qui va nous aider à avancer. J’ai de la chance d’avoir un mari qui me soutient, ma famille qui me soutient aussi, ce sont ces ondes positives qui nous portent et nous font décider à franchir le pas. Après, il y en a qui n’ont pas forcément le soutien de leur entourage ou quoi que ce soit, mais je pense que l’aspiration qu’on a et l’entourage que l’on fait entrepreneurialement, fait qu’on pourra sauter le pas. Si, tous les matins,on se réveille avec cette idée en tête,qu’on ne peut pas vivre sans, je pense qu’il faut le faire, parce que sinon on va regretter. Je sais qu’aujourd’hui, je ne regrette pas  d’avoir créé la première boîte, parce que ça me sert beaucoup pour la deuxième.Je n’ai pas envie de me dire, comme cette fameuse histoire sur son lit de mort – un peu dark mais bon – que je regrette. Si je rate, j’essaie d’arrêter juste au moment où je tombe dans le précipice – ça c’était dur aussi d’accepter l’échec, mais, il faut pouvoir dire stop juste avant de tomber dans le précipice.
  • Ronja : Parfait, c’est très bien. Alors,  nous parlons depuis plus de 20 minutes, et normalement on essaie de rester en dessous .
  • Carole : Oui, pardon ! 

  • Ronja : Non non, mais c’est très intéressant ce que tu dis, c’est pour ça que je ne veux pas couper.Mais, une dernière question, qui reste importante : Optic For Good, comment je trouve les informations nécessaires, que je sois une marque, un opticien ou consommateur ? Sur ton site ? Sur tes réseaux ? Quel est le meilleur moyen de te retrouver ?
  • Carole : Je suis disponible sur les réseaux sociaux, surtout sur Instagram et LinkedIn, également sur le site, où tout est résumé. Si on veut passer l’audit et qu’on est une marque, on trouve mon contact , si on est opticien et qu’on veut être Optic For Good,sur mon site opticforgood.com il y a le lien de contact. Enfin, si on est consommateur, on peut aussi aller sur mon site, et il faut savoir qu’il y a une carte où on peut se localiser et définir l’opticien Optic For Good qui est proche de chez soi, ou qui distribue des marques labellisées. La différence c’est qu’il y aura un macaron à côté de l’opticien s’il est labellisé. 

  • Ronja : Parfait, et du coup, pour tous les consommateurs et consommatrices, si vous faites cette démarche autour de vous sur cette petite carte, si vous ne trouvez pas d’opticien labellisé, passez-lui un mot pour qu’il fasse la démarche ! En tant que consommateur, vous pouvez aussi jouer le rôle de transparence et informer les professionnels.
  • Carole : Exactement ! Mon rêve c’est que le consommateur rentre chez l’opticien et demande une marque Optic For Good – j’aimerai que l’opticien ait le réflexe après de se renseigner et me contacter pour me demander comment est-ce que je peux avoir telle marque parce que j’ai un client qui me le demande – au pire, j’aimerai que le consommateur sorte du magasin et ailles vers un opticien Optic For Good. C’est pour créer cette communauté de confiance et que le consommateur ait confiance d’aller chez eux, que l’opticien ait confiance d’aller vers ces marques-là, et que le consommateur connaisse ces marques engagées. 
  • Ronja : On est plus que des simple consommateurs, mais des consom’acteurs, c’est important pour nous toutes et tous d’avoir de la transparence dans notre quotidien, dans notre consommation, dans tout. Ton initiative est géniale ! Je te remercie vraiment – si tu as quelque chose à rajouter n’hésite pas ?
  • Carole : Non ! 
  • Ronja : Le live va passer en IGTV et également sur notre blog
  • Carole : De toutes façons on est toutes les deux joignables sur les réseaux sociaux, donc si il y a besoin d’éclaircissement, des questions, on y répondra avec plaisir ! C’est vraiment ouvert, c’est une communauté ouverte et hyper bienveillante, donc il n’y a pas de mauvaise ou de bonne question, c’est  chacun son rythme et chacun à sa manière de le dire, de le faire. Donc n’hésitez pas !
  • Ronja : Exactement, parfait ! Je laisse ce mot de la fin parce qu’il est parfait ! Donc merci à toutes et à tous, on se retrouve bientôt Carole, j’espère. Je vous souhaite une très bonne soirée à toutes et à tous, et à jeudi prochain pour un nouveau live !

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