Pourquoi pas

Pourquoi pas entreprendre : Claire Coffart

LIVE Instagram du 13 Janvier 2022 – a retrouver en IGTV ici

  • Ronja : Bonsoir à toutes et à tous ! Nous sommes jeudi, c’est la nouvelle année donc bonne année à vous tous, je vous souhaite tout le meilleur , du bonheur, des moments libres pour que vos rêves se réalisent et une bonne santé au vue du contexte actuel !
    On commence tout de suite, et on va commencer cette année sur le sujet de l’entrepreneuriat – un sujet qui nous tient toujours à cœur, et qui est très intéressant.
    L’invitée d’aujourd’hui est une femme qui a choisi d’entreprendre et elle va nous raconter ça dans quelques instants. Parfait, bonsoir Claire !
  • Claire : Bonsoir ! 
  • Ronja : J’espère que tu vas bien ! Bonne année à toi ! 
  • Claire : J’espère que tu vas bien aussi, merci de m’avoir invitée !

  • Ronja : Merci d’avoir accepté l’invitation. Alors, pour commencer, je te laisse te présenter ainsi que ton activité, Akibé ! 
  • Claire : Alors, je suis Claire, j’ai 38 ans, je suis maman de trois enfants. J’ai créé la marque Akibé, qui est une marque de cosmétiques solides. Pour le moment c’est essentiellement des produits capillaires, solides, que j’ai créé depuis le Gabon, où j’habite. Je suis expatriée, j’ai suivi mon mari dans deux expatriations déjà, je t’en parlerai tout à l’heure mais ça fait partie des raisons pour lesquelles je me suis lancée et que j’ai créé Akibé au Gabon. 

  • Ronja : Très bien. Donc, Akibé c’est des shampoings solides, il y a plusieurs gammes ?
  • Claire : Oui, il y a des shampoings solides, une solution zéro déchets pour remplacer le shampoing liquide, ça évite à la fois le plastique et le transport d’eau. Un petit shampoing comme cela (shampoing de sa gamme qu’elle montre en vidéo), ça équivaut à deux bouteilles de shampoing liquide. Nous avons 4 senteurs différentes, qui ne se choisissent pas par rapport au type de cheveux, mais par rapport au goût pour les senteurs, et au plaisir qu’on prend avec les senteurs. J’aime bien faire plaisir et que les gens se fassent plaisir avec des produits de beauté, c’est important !
    Nous avons aussi le petit nouveau qui est sorti il n’y a pas longtemps, un après-shampoing solide, qu’on applique comme un après-shampoing classique et celui-ci équivaut à au moins 3 bouteilles d’après-shampoing liquide, si ce n’est plus ! Le mien ça fait plus de six mois que je l’ai et je ne l’ai pas encore terminé ! Ça démêle super bien les cheveux, sans les alourdir.
  • Ronja : Parfait, et du coup tu l’a lancé avec plein de succès, en campagne de financement participatif
  • Claire : Oui exactement ! 
  • Ronja : Alors, Claire, on sait que tu fais des shampoings solides. La réduction des déchets c’est quelque chose de très valorisant, mais la vraie question c’est pourquoi tu as commencé tout ça ? C’est très bien de se dire que je vais fabriquer des shampoings solides pour éviter le plastique, mais ce n’est pas la seule motivation pour lancer une entreprise ?
  • Claire : Clairement pas ! Alors moi je viens de l’industrie de la cosmétique, j’y ai travaillé pendant presque quinze ans, pour faire des produits conventionnels pour des grandes marques. J’étais en sous traitance, donc je travaillais dans les usines et dans la recherche et développement pour les marques. C’était un rêve d’ado de bosser dans la cosmétique, quand j’ai fait mes études de chimie, donc je suis chimiste à la base. Quand j’ai fait mes études, c’était mon rêve d’aller dans la cosmétique, ça faisait rêver. C’était un aboutissement pour moi de travailler pour ses grandes marques – je me suis éclatée, j’ai bien évolué, j’ai eu des postes à responsabilités. Il est arrivé un moment où ça ne répondait plus à mes valeurs, mes valeurs profondes. A la fois au niveau de l’écologie, mais aussi au niveau du fait qu’on lançait des produits, toujours plus de produits, qui n’apportaient pas grand chose au marché, c’était souvent la même chose : le gel douche à la pomme, à ça et ci… J’étais dans l’innovation donc j’ai eu de la chance de faire des choses un peu plus innovantes, mais les clients cherchaient toujours à faire un peu comme les autres, il n’y avait pas de réel changement. J’étais à Dubaï, où j’ai eu la chance d’être directrice générale d’une usine de cosmétiques, et j’ai vu l’envers du décors au niveau des personnes qui travaillent sur les lignes de conditionnement des cosmétiques : les gens qui les font et qui ne sont pas très valorisés, qui ne gagne pas grand chose pour faire du travail qui donne très mal au dos, aux mains, très répétitif. Tout ça ensemble, ça me gênait au bout d’un moment. J’ai eu mes enfants au même moment, donc ça a fait toute une grande sauce qui vient ensemble. Donc, au moment où mon mari m’a dit qu’il voulait partir au Gabon parce qu’il avait une opportunité professionnelle, j’ai dit go, on y va ! Ça va nous permettre de voir autre chose, et de voir un pays un peu plus “roots” donc de revenir un peu à l’essentiel ! On a pas été déçu sur ce sujet ! En même temps, de me lancer et faire quelque chose qui me ressemble vraiment. J’ai ensuite mené une grand réflexion pour essayer de trouver l’angle exact que je voulais, ce qui me ressemblait vraiment, et je suis arrivée sur cette idée de shampoings solides ! Sur lesquelles mes valeurs, je pense, sont toutes réunies, et comme ça fait partie du pourquoi j’ai lancé cette entreprise, il est hors de question pour moi de marcher sur mes valeurs. Donc ça fait partie de l’essence du projet.

  • Ronja : Très bien. Il y a pleins de choses que tu viens de dire qui ont un vrai impact. Je souhaite revenir sur un point, car je pense que tu es une des seules qui en parle et qui est très transparente sur le site – et en termes de cosmétiques on entend jamais ce que tu viens de dire : les situations et conditions des travailleurs de chaîne de production n’étaient pas corrélation avec tes valeurs. Ce n’est pas des conditions sous lesquelles toi tu aimerais travailler.
  • Claire : Personnellement c’est clairement pas des situations sous lesquelles j’aimerai travailler, par contre je veux quand même rétablir les choses : c’est pas terrible au point de ce qu’on peut voir dans l’habillement, je pense.

  • Ronja : Alors certainement, mais je pense qu’il y a un grand pas à faire : dans l’habillement oui il y a des choses qu’il faut absolument changer, mais dans le secteur de la cosmétique, et dans pleins de secteurs industriels, il y a beaucoup de choses qu’il faut changer. Là où on aime bien parler dans la cosmétique c’est la partie test sur les animaux – que je ne soutiens pas non plus, soyons clair, mais on oublie souvent les humains. 
  • Claire : Alors, si je peux rebondir sur les tests animaux, là dessus, clairement, même sur les grandes marques, ça fait longtemps qu’on en parle, ça fait longtemps que c’est interdit en Europe et aux Etats-Unis. Aujourd’hui, franchement, il y a, à part en Chine où c’est encore pratiqué malheureusement, il y a très peu de produits qui sont réellement testés sur animaux. Au tout début de ma carrière j’ai vu ça, mais ensuite ça a été arrêté. J’ai quand même pas mal zoné dans cette industrie et je ne l’ ai jamais revue, ça a vraiment été bani. C’est plus sur le traitement de l’humain, et ils sont pas mal traité en soit, mais c’est vrai qu’il faut penser aux gens qui fabriquent les produits, et c’était un essentiel pour moi.

  • Ronja : Donc tu as fait le choix de shampoings solides, qui s’expliquent par ton parcours, par tes valeurs, tu les fabriques au Gabon mais tu les vends notamment en France. Donc sur ton business model tu as toujours un lien avec la France. Je vais être très franche, parce que sur le business plan, tu dois souvent avoir la question : pourquoi tu ne fais pas un produit Made in France pour les français ?
  • Claire : C’est une réflexion qui est claire et que j’ai menée. Il y a plusieurs raisons : la première problématique, c’est que quand on fait du Made in France, en cosmétiques, dans 90% des cas, les matières originales ne viennent pas de France, donc c’est la phase finale qui est Made in France – on achète auprès de pays du Sud – parce que l’huile de Coco ça pousse près de l’équateur hein on est d’accord que les cocotiers en France euh bon.. ! L’huile de palme c’est pareil, le beurre de karité aussi – et on l’achète à des bas coûts à ses pays là pour ensuite les transformer, leur donner de la valeur ajoutée en France. Donc ce sont des entreprises françaises qui prennent tout le bénéfice et les entreprises des pays producteurs des matières brutes premières en retirent un bénéfice très faible – même si on va sur du Fairtrade, ça ne les aide pas à se développer. C’est la première raison. La deuxième raison c’est qu’aujourd’hui les cosmétiques solides et l’écologie ne sont pas très développées au Gabon, malheureusement, et en Afrique Centrale, c’est des sujets qui sont assez peu abordés, on le comprend parce qu’il y a d’autres sujets à aborder avant : l’eau courante n’est pas présente partout, l’électricité non plus, donc il y a des sujets qui sont bien plus importantes, en tous cas aux yeux des personnes. Du coup, le fait d’être venu en France et reconnu par la France qui est un pays plus mature, ça m’aide à développer le commerce en Afrique. C’est à dire qu’il y a une idée qui est souvent préconçue en Afrique : ça donne de la légitimité à la marque que des français  ont approuvé le produit. Également que je le vende en France, que j’ai passé toutes les normes européennes du produit, ça permet de le garantir aussi pour les gabonais aussi, que le produit est de bonne qualité pour eux. J’essaie d’avoir la balance et de faire les deux. D’un point de vue écologique : comme c’est des produits compactes, où il n’y a pas d’eau transportée, il serait plus favorable de les faire en France pour les vendre en France, même de les faire localement dans la même ville où on les vend, mais, finalement, le coût du transport en CO2 n’est pas si élevé car ces des produits très compactes qu’on transporte peu de volumes et peu de poids par rapport à un produit liquide où on transporte 80% d’eau. Il faut savoir qu’un gel douche ou un shampoing c’est 80% d’eau, donc là on s’amuse à transporter de la flotte dans le monde entier et du plastique, alors que là on ne transporte que de l’actif.

  • Ronja : Parfait, je suis d’accord, et pour ceux qui ne connaissent pas encore les produits, il y a bien sûr ton insta, mais je trouve ton site hyper détaillé, hyper transparent sur les ingrédients, la façon de travailler. Je pense qu’ Akibé aujourd’hui c’est une des seules marques qui dit “Oui je sais faire ça, mais on a des limites, il y a ça et ça comme ingrédients et il y a des limites techniquement”. Il y a des marques plutôt connues qui sont passées émissions d’investissement sur M6 la semaine dernière et d’autres qui fabriquent avec des valeurs bien mais très loin des tiennes et une transparence qui manque à plusieurs échelles. Tout ça c’est génial, des produits géniaux, mais sur l’entrepreneuriat, est-ce que ça fait pas un petit peu peur de se lancer dans l’industrie des cosmétiques, que tu connais certes, mais où il y a quand même des marques qui sont massives, qui ont un poids énorme dans le marché et qui se lancent comme par hasard dans les produits solides ?
  • Claire : Bien sûr que ça fait peur. Après, c’est comme dans l’habillement, il y a énormément de marques qui se lancent tous les jours, des marques qui naissent, qui meurent. J’avais lu un texte qui disait que si il y a tellement de gens qui se lancent , c’est parce qu’il y a un marché, un besoin de nouvelles choses et de choses différentes et que les personnes souhaitent différentes façons de faire. Le produit parfait n’a pas encore été trouvé, il faut continuer jusqu’à ce qu’on trouve LA solution ! Après, c’est pour ça que tiens au marché africain également, parce que pour le coup, autant il y a beaucoup de concurrence en France, autant sur le marché de l’Afrique centrale il y a quasiment pas de concurrence puisque ces sujets ne sont pas matures. Alors, le soucis d’un point de vue business c’est que comme le sujet écologique n’est pas du tout mature pour les gens et ce n’est pas un problème pour eux, même dans la rue on nous donne encore des sacs plastiques, je passe mes journées à dire aux personnes qui vendent des fruits et légumes “non je ne veux pas de sacs plastique, regardez j’ai mon sac” et ils ne comprennent pas, ils ont du mal à comprendre parce qu’il n’y a pas de sensibilisation tout simplement. Pourtant ils voient au quotidien les poubelles, parce qu’ici les poubelles sont laissées à l’air libre, elles s’envolent, elles partent dans l’océan, c’est physique, ça se voit, mais ils n’ont pas cette préoccupation, ils ne sont pas sensibilisés. Donc, je vois ça comme une opportunité, d’essayer de développer ça. J’ai les deux côtés et je me bats, je ne cherche pas à devenir un gros mastodonte ! Je pense qu’on peut réussir à faire un business qui n’est pas obligé de devenir énorme, alors bien sûr il faut faire de la croissance et c’est ce que j’essaie de faire en ce moment, mais ça ne nécessite pas non plus d’aller concurrencer les mastodonte qui sont dans les supermarchés français ! Je ne vais pas citer de noms, ils ont assez de pub comme ça ! 

  • Ronja : Oui, ça ne sert à rien de les citer ! ahha Et ton conseil alors, pour ceux qui regardent la vidéo et qui des idées mais qui ont ce freins et se disent qu’il y a déjà des solutions similaires au sens large – entre shampoings et shampoings à la fin de la journée c’est pour se laver les cheveux, entre tel et tel service aussi – il y a peut-être des choses où on peut se dire que ça existe déjà donc les personnes ne se lancent pas. Quel serait ton conseil ?
  • Claire : D’y croire, de trouver un angle différent ! Parce que moi j’ai cet angle “Fait en Afrique” en parlant de cet angle là, et d’y aller avec ses valeurs et ses convictions qui sont probablement différentes des marques concurrentes. Je ne dis pas que tous les concurrents y vont sans valeurs, au contraire, il y a d’autres marques qui ont de belles valeurs, mais ne les traitent pas comme moi. Chacun à son point de vue un peu différent. Mais voilà, être vrai, même si parfois ça peut porter préjudice, je dis ce que je pense. J’ai peut-être aussi plus de vingt ans et le côté un peu candide, je ne vais pas m’asseoir sur mes convictions et sur ce que je pense, quitte à pouvoir changer d’avis après discussion, mais voilà, je dis ce je pense vraiment.

  • Ronja : Ok, très bon conseil. Vu que notre petit quart d’heure est arrivé à vingt minutes, nous allons clôturer. Pour les personnes qui veulent découvrir les produits parce que Claire à l’air très sympa, on va bien sûr mettre le lien de ton insta sur la vidéo. Où pouvons-nous trouver tes shampoings ? Sur ton site, ailleurs ? Comment font les personnes pour trouver tes produits ?
  • Claire : Alors c’est aussi un choix business, mais je vend uniquement sur mon site internet en France, c’est pas le cas en Afrique où je suis en boutique, parce que je n’ai pas les moyens de donner 50% de ma marge, je ne fais pas des énormes marges donc je n’ai pas les moyens de donner une grosse marge à une boutique. Donc 100% e-commerce, on me trouve sur mon site et les produits sont envoyé depuis la France – ce n’est pas à chaque fois un colis qui vient du Gabon, ce serait vraiment bête d’un point de vue carbone – il y a des stocks qui partent en France régulièrement et ensuite c’est dispatché en 4 ou 5 jours vous l’avez chez vous.

  • Ronja : Parfait, génial. Le petit conseil perso, je l’applique personnellement, posez la question avant de faire la commande, partagez le site autour de vous, vos amis etc, et demandez qui est intéressé. Nous personnellement on fait toujours ça sur les jeunes sites et surtout les mono produits, on fait une commande un peu plus grande et on se partage ça. Ça facilite la vie aux jeunes entreprises et côté écolo on évite les multiples envoies.
  • Claire : C’est une très bonne idée à mettre en place pour éviter d’éviter les colis trop nombreux !
  • Ronja : Oui et sur les produits comme les shampoings solides, ça se conserve !
  • Claire : Ah oui, ça dure longtemps et ça se garde très bien ! 

  • Ronja : Est-ce qu’il y a autre chose que tu souhaites ajouter ? 
  • Claire : Non pas particulièrement ! Je te remercie beaucoup pour ton invitation ! J’aimerai beaucoup si tu veux, un jour qu’on fasse le retour pour parler de ta marque qui est magnifique ! J’ai vu quelques personnes de ma communauté qui étaient là – donc Ronja fait des sacs en liège et lin si je ne me trompe pas, des très beaux sacs pour le business ! Donc j’aimerai qu’on en parle aussi parce qu’il y a plein de choses très intéressantes dans ton parcours aussi ! Voilà, merci à toi ! 
  • Ronja : avec plaisir ! Merci beaucoup pour ce partage et toutes ces infos ! On se dit à bientôt du coup ! Très bonne soirée ! Merci à toi et merci à toutes et à tous !
  • Claire : Merci beaucoup ! Bonne soirée !  

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